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SUR LA PISTE TZIGANE

SUR LA PISTE TZIGANE
Sur la piste tsigane

FRANCE Les jeunes Roms qui commettent des cambriolages et défient la police sur les routes romandes sont stationnés de l'autre côté de la frontière

CAMILLE KRAFFT
16 décembre 2006
Ils passent la frontière vers la Suisse avec quatre coussins sous les fesses pour atteindre le volant. Et en reviennent avec des bijoux volés, qu'ils fondent ou revendent. Point commun de ces jeunes tsiganes qui défient les policiers romands dans des rodéos routiers: ils sont originaires de l'Est, et sont stationnés en France. La police cite régulièrement la banlieue de Lyon et Annemasse. «Le Matin dimanche» a suivi leurs traces.

Poste-frontière de Perly (GE): des enfants kamikazes au volant
Les tsiganes? Haussements d'épaules blasés, jeudi après-midi, au poste-frontière de Perly, près de Genève. A la douane, il y a bien sûr les kilos de viande en trop, et les «bonjour monsieur, papiers d'identité s'il-vous-plaît».

Et puis il y a ces chemins de campagne, où les gardes-frontières rencontrent une réalité autrement plus corsée. Un cas par semaine de violence (contrôle forcé ou tentative de fuite) en moyenne dans la région depuis le mois de juillet. C'est 25% de plus que l'an dernier. Des truands? Non, des enfants. «Dans 90% des cas, ce sont des mineurs itinérants», affirme le Sergent R., à la dégaine de Rambo.

Ces Tsiganes tentent de passer la frontière à pied ou en voiture. A Perly, les gardes-frontières se cassent les dents sur des gamines de 12 ans qui manient le volant sans aucune notion du risque. Dans leurs véhicules, souvent achetés à bon marché juste avant la casse, ils retrouvent régulièrement la boîte à outils du parfait cambrioleur.

«S'ils sont chargés (ndlr: qu'ils ont commis un délit), ils sont dangereux car ils peuvent utiliser leur voiture comme une arme», ajoute le sergent, qui se sent souvent impuissant. «Ces mineurs commettent des délits, pas des crimes. On ne peut quand même pas leur tirer dessus.» En cas d'abandon du véhicule et de fuite dans les champs, le sergent R. lâche son chien, qui peut croquer les mollets.

Doù viennent ces délinquants? «Ils disent souvent qu'ils stationnent dans la région d'Annemasse, mais c'est juste pour répondre quelque chose», lâche le sergent. En réalité, comme le confirme un gendarme français, les Tsiganes viennent souvent de camps établis plus loin, dans l'Ain ou dans la banlieue de Lyon.

Annemasse: les nomades français prennent leurs distances
Jour de grand nettoyage jeudi après-midi sur l'aire pour «gens de voyage» de Viry, près d'Annemasse. Les draps prennent le soleil dans la quiétude de la campagne, troublée par le seul bruit de la route nationale. Stéphane Welty est en train d'astiquer son camping-car. Forain l'été, il vend des matelas lorsqu'il fait trop froid pour faire tourner les carrousels. Voilà deux mois qu'il stationne sur cette aire. Il est entouré de nomades français, exclusivement.

Lorsqu'on évoque les délits commis en Suisse par des «Gitans de la région d'Annemasse», ça l'agace, car il craint les amalgames. «Quand des Roms sont dans le coin, on ne laisse rien traîner. On ne leur permet jamais d'entrer sur les aires officielles. On a été élevés comme ça. Les anciens ne se mélangeaient déjà pas avec ces gens-là.» Savoyard d'origine, Stéphane Welty se dit lui-même discriminé par «les sédentaires». Comme quoi, on est toujours le Gitan d'un autre...

De l'Ain à la Romandie, le périple des mineurs cambrioleurs
Campagne de Meximieux (Ain), vendredi matin. Pas un signe de vie sur les champs somnolant dans la brume. Une forêt, une rivière, et soudain un camp de Tsiganes, où brûle un immense feu. Une femme sourit de ses dents en or, encourage les gadjé (étrangers) à approcher. Elle parle italien, se dit croate d'origine. Les voitures sont immatriculées en Italie, en France et en Belgique.

Mardi dernier, deux Roms de 15 et 23 ans ont été interpellées à Crassier (VD), après une course-poursuite. Selon la police vaudoise, les jeunes filles étaient stationnées à Meximieux, qui ne compte actuellement que deux camps. Dont celui-là, établi depuis une dizaine de jours.

Nos interlocuteurs se sentent-ils concernés? Autour du feu, on accueille la question sans sourciller. «Nous vendons des fleurs et des tapis sur les marchés», se contente de répondre un homme aux yeux clairs. Une adolescente francophone se renseigne, demande quels sont les faits reprochés. Sa mère change de conversation, montre le feu en dodelinant de la tête. «Voyez, c'est ça la vie de gitan», lâche-t-elle dans un sourire fatigué. Bientôt, ils repartiront sur Paris. D'où viennent les délinquants? Nous n'en saurons pas plus.

Dans la banlieue de Lyon, un bidonville de Tsiganes roumains
Un terrain vague bétonné, des baraquements de fortunes faits de palettes en bois. Et le froid. Nous ne sommes pas en Europe centrale, mais à Vaux-en-Velin, dans la banlieue de Lyon. Ici se sont installés en septembre quelque 300 Tsiganes de Roumanie. ««La vie est très dure là-bas pour les Roms», explique Covac, jeune papa. Que sont-ils venus faire en France? «On est venus chercher la liberté, mais on n'a rien. Beaucoup sont obligés de mendier, il y en a qui volent. Mais nous ne sommes pas des criminels.» Qu'en pense la police?

© Le Matin Online

# Posté le dimanche 17 décembre 2006 07:49

Modifié le dimanche 28 décembre 2008 16:56

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