CHARITÉ Les structures d'accueil genevoises victimes du tourisme social. Un nombre croissant de Roumains et de Gitans consomment les repas offerts par la Municipalité aux plus démunis. Inquiète, celle-ci a contacté l'ambassade de Roumanie
SEMAJA FULPIUS ET MICHEL JEANNERET
09 décembre 2006
De plus en plus de Roumains et de gitans ont recours aux structures sociales de la Ville de Genève pour s'assurer un couvert et un gîte. Leur fréquentation toujours plus élevée de ces lieux d'accueil limités inquiète la Municipalité. Celle-ci a récemment contacté l'ambassade de Roumanie, afin de trouver une solution au problème. Car ces structures sont initialement prévues pour donner un soutien à une population défavorisée qui n'est pas en transit.
«L'ennui, c'est que les Roms restent environ trois mois puis repartent, il n'y a aucun moyen de leur offrir un suivi», confirme un éducateur. Une source évoque même un réseau organisé: une camionnette déposerait régulièrement des familles en ville, en leur indiquant les endroits où ils peuvent aller. Ainsi, sur les deux cents repas que distribue chaque jour un des centres de la rive gauche, une quarantaine bénéficie aux populations tsiganes de passage.
Du tourisme social à Genève? Véronique Pürro refuse catégoriquement l'usage de ces termes. «On peut parler de tourisme économique, corrige la Directrice du service social de la ville. Si les Roms viennent chez nous, c'est parce qu'ils peuvent gagner un peu d'argent en mendiant.» Madame Pürro refuse d'évoquer un problème, mais elle confirme pourtant avoir contacté l'ambassade roumaine pour solliciter une collaboration.
De quelle manière? «La Roumanie engage aujourd'hui des Chinois pour accomplir certaines tâches dont les Roumains ne veulent plus, relève Manuel Tornare, chef du Département des Affaires sociales de la Ville. Pourquoi n'utiliserait-elle pas ces ressortissants pour accomplir ce type de travaux? Il s'agit d'une piste à explorer. C'est peut-être regrettable, mais on ne peut pas soulager la misère du monde.»
Véronique Pürro admet que les structures d'accueil ne doivent pas faire d'appel d'air. «Nous avons fait venir un traducteur pour expliquer à certaines familles qu'on ne pouvait pas toutes les accueillir. Mais quand elles sont là, en hiver, notre mission reste de secourir des gens».
La protection civile - qui offre un lit aux sans-abri - tente de renforcer ses exigences. Une charge difficilement applicable pour les éducateurs, tiraillés entre la volonté de contrer les abus et la réalité du terrain. «Nous sommes démunis face à des gens précarisés, même si nous ne devons pas les encourager», explique l'un d'eux.
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